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Lennon, jardinier de la paix

dimanche 6 novembre 2005, par Le Scarabée

de Victor Hache

Bien des historiens du rock ont essayé de cerner la personnalité de l’icône pop, qui fut, avec Paul McCartney, à l’origine de la création des Beatles.

John Lennon revendiquait un côté "caméléon". C’était sa manière de ne pas être récupéré. Il sera assassiné, en pleine gloire, le 8 décembre 1980, devant son domicile new-yorkais. À l’occasion du 25e anniversaire de sa mort, soixante-cinq ans après la naissance du musicien, la Cité de la musique à Paris revient sur son parcours.

L’exposition "John Lennon, Unfinished Music" n’entend pas être un "mausolée" mais un "hommage vivant" rendu à Lennon. Elle est bien plus qu’une simple mise en lumière de la vie de cet artiste au destin hors norme, tour à tour compositeur, écrivain, acteur, dessinateur ou plasticien.

Elle permet non seulement de (re)découvrir son oeuvre musicale, mais de prendre la mesure de l’imaginaire poétique de celui qui était la tête pensante des Beatles, dont il se sépara en 1970, ainsi que de la formidable inventivité d’un musicien à bien des égards avant-gardiste. Pour lui, l’art formait un tout. Musique, cinéma, poésie, vidéos expérimentales... sa vie ressemblait à un "happening permanent", souligne Emma Lavigne, commissaire de l’exposition. "Chacun de ses actes, même les plus intimes, traduisait sa vocation d’inventeur et de passeur d’idées, de sons, de modes."

John et LES scarabées

Avant la célébrité, il y a eu l’enfance et l’adolescence, par où s’ouvre la scénographie de ce bel ensemble. John naît le 9 octobre 1940. C’est la Seconde Guerre mondiale : Liverpool, sa ville, est la cible des bombardements allemands. L’espace est rouge, noir et gris murailles, à l’image du port de commerce, près de Manchester, en Angleterre où il vit jour. Suivent les années cinquante et la naissance du rock’n’roll. À la radio, John, à l’instar de nombreux jeunes Anglais, écoute ses héros en provenance des États-Unis. Elvis Presley, Gene Vincent, Eddie Cochran, Bill Haley sont les premiers chanteurs par qui le rock arrive. Tel Buddy Holly, dont il reprend That’ll Be the Day, son premier morceau interprété à la guitare. De quoi donner des envies de musique. Voici les débuts des jeunes scarabées qui effectuent leurs premiers pas sur scène, d’abord dans les caves de Hambourg, en Allemagne, puis à la Cavern de Liverpool. Le succès est immédiat. Coupe de cheveux au bol, stricte costume-cravate, jouant des compositions endiablées, ils seront rapidement victimes de la beatlemania. Clubs, Olympia, Palais des sports, Shea Stadium de New York, à chacune de leur apparition, l’hystérie collective de leurs fans est à son comble. John supporte mal ce rapport au succès engendré par de trop nombreux concerts. Il va peu à peu prendre ses distances, avouant plus tard : « Il faut sacrément s’humilier pour être ce qu’étaient les Beatles. On finit par faire exactement ce qu’on ne veut pas faire, avec des gens qu’on ne peut pas souffrir. »

Lennon commence à s’intéresser au cinéma. C’est le temps des délires pop-rock des années psychédéliques. Lui et les Beatles vont se tourner vers le septième art, faisant montre d’un humour à la Marx Brothers à travers les longs métrages de Richard Lester (A Hard Day’s Night, Help), réalisant également leurs propres films (Magical Mystery Tour, Yellow Submarine...). On revoit avec plaisir ses images où les Beatles paraissaient s’amuser comme des fous, ne se prenant jamais au sérieux.

La deuxième partie de l’exposition est dominée par le blanc. John se consacre à d’autres domaines que la musique dès 1966. C’est ainsi qu’il rencontrera celle qui va devenir sa troisième femme, Yoko Ono, à la galerie Indica, à Londres, lors du vernissage de l’exposition « Unfinished Painting and Objects ». Sa veuve a rendu possible l’exposition en prêtant de nombreuses pièces de sa collection personnelle liée à Lennon. Photographies de son enfance, dessins érotiques, piano Steinway, guitares...

Fasciné par Yoko Ono

Adepte de l’art conceptuel, membre du mouvement poétique et musical Fluxus, Yoko va l’initier à la contre-culture américaine, au cinéma de John Mekas et d’Andy Warhol, au free-jazz et à la musique expérimentale de John Cage. Apparaissent sur grand écran les premières performances, en 1965, de la jeune Yoko Ono. Telle Cut Piece au Carnegie Hall de New York, où les spectateurs sont invités à découper les vêtements de Yoko et « à la mettre à nu » alors qu’elle est assise à même le sol, dans la posture traditionnelle de la femme japonaise.

Les photos parlent d’elles-mêmes, John était visiblement fasciné par Yoko Ono. Après le célèbre album Abbey Road, Lennon va créer le groupe Plastic Ono Band. Une période très créative où ils se livrent tous deux à toutes sortes d’expériences musicales ultracontemporaines. L’artiste japonaise était contestée par les fans des Beatles, ce qui, dit-elle, « rendait John furieux ». Cela n’empêcha pas leur création à quatre mains, témoin de désir d’autres horizons de la part du couple. Nous sommes en 1968, époque de libération sexuelle et de nouvelles utopies. Yoko et John posent nus pour leur premier album commun, Unfinished Music n° 1 : Two Virgins. Une période euphorique qui laisse place à la dénonciation de la guerre du Vietnam. Les chansons de John prennent un tour plus engagé. Mouvement pour les droits civiques des Noirs américains, libération des femmes... Il est de toutes les causes. Les messages pacifistes de John et Yoko sont l’occasion d’expériences originales baptisées Bed-In. En croisade pour la paix, tous deux passeront ainsi une semaine, en mars 1969, dans un lit d’une suite du Hilton, à Amsterdam, entourés de journalistes leur posant des questions sur le sens de leur engagement pacifiste. Le couple affirme son rêve d’une société nouvelle. C’est ainsi que John enregistrera, en 1971, le sublime album Imagine aux paroles universelles : « Si on parvenait à imaginer un monde en paix, sans culte de la religion... »

Vivant à New York, il est une star adulée internationalement quand il est assassiné par un fou à l’âge de quarante ans. Tout à coup, le monde semble s’écrouler. Un des moments les plus émouvants de l’exposition, ce sont les images tournées par Raymond Depardon des « dix minutes de silence à la mémoire de l’artiste ». Filmés en un seul plan-séquence à Central Park, des dizaines d’étudiants américains adressent une dernière pensée à John, dans un recueillement impressionnant. Un document d’histoire. À la fin, dans une salle abritant un arbre, les visiteurs sont invités à « écrire un voeu ». Rédigés par des anonymes, des centaines de petits papiers sont ainsi suspendus aux branches. Sur l’un d’entre eux, on peut lire « que les paroles de John vivent à jamais et aident le monde à devenir meilleur. Give peace a chance ! ». Vingt-cinq ans après sa mort, John Lennon n’a jamais été aussi actuel.

Exposition « John Lennon, Unfinished Music »,

jusqu’au 25 juin 2006.

Cité de la musique,

221, avenue Jean-Jaurès,

Paris 19e. Renseignement

au 01 44 84 44 84.

http://www.humanite.presse.fr/journ...